Prestation de serment du 3 octobre 2016

Le discours de Monsieur le Bâtonnier à l’occasion de la prestation de serment des « nouveaux » avocats est une coutume ancrée et toujours remarquablement respectée. Monsieur le Bâtonnier Dembour n’a pas fait exception à la règle.

« Félicitations : depuis quelques instants, vous êtes avocats ! batonnier

Votre vie professionnelle commence, maintenant ».

C’est par ces quelques mots que nous a accueillis Monsieur le Bâtonnier, dans un silence solennel, qui marquait par son intensité notre passage de juriste à avocat. Le discours est franc, chaleureux, critique à l’égard des réformes du monde judiciaire, mais reste toujours chargé de réconfort. Monsieur le Bâtonnier nous avertit : « Soyez à l’aise d’être mal à l’aise ». En effet, beaucoup de choses vont nous donner des raisons d’être mal à l’aise.

Tout d’abord, la réforme continuelle dans laquelle nous avançons. Au cours de nos études, nous avions déjà dû faire face à un certain nombre de nouveautés. Monsieur le Bâtonnier nous confirme, qu’après un premier pot-pourri, nous allons devoir « mariner dans un second pot tout aussi immense, tout aussi pourri, en attendant les suivants qu’on nous promet ». La voix ferme et le ton sérieux, notre orateur pointe du doigt la période trouble dans laquelle nous sommes, allant jusqu’à annoncer qu’on serait « dans des temps antérieurs aux codes Napoléon ».

Monsieur le Bâtonnier continue : il conviendra de s’habituer à notre frustration due à notre incompétence car, soyons réalistes, nos compétences sont « actuellement d’une utilité limitée ». Il nous prévient que nos projets de conclusion, de citation, de mémoire, de requête nous reviendront « dénaturés, raturés d’un gros crayon en rouge et dont il ne restera que la première et la dernière phrase ». Nos cinq années d’études nous ont inculqué une certaine logique juridique, mais celle-ci doit encore être développée, surtout dans un sens pratique. À cette fin, nul besoin de se presser, il convient de persévérer dans le travail et veiller à ne pas être « à l’arrêt dans [n]os progrès ». L’esprit du propos est clair et, pour paraphraser légèrement Boileau, « hâtons-nous lentement, et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettons notre ouvrage ».

« Et puis », poursuit-il, notre métier est soumis aux transformations et aux exigences de la société, en perpétuels renouvellement et changement. Monsieur le Bâtonnier nous annonce : « nous comptons sur vous ». Ainsi, nos maîtres de stage nous transmettent un savoir et un savoir-faire, ils nous enseignent parfois des techniques particulières, voire surprenantes, que nous ne pouvons acquérir autrement. En échange, « la génération des « millénaires », celle née dans les années 1990, des natifs numériques » affrontera et s’adaptera aux nouvelles technologies. On attend de nous « de la clairvoyance, pour être vigilants devant les dérives du « tout technologique » et une compétence technique pour réinventer la jurisprudence ». Ainsi, une situation win-win est espérée, le do ut des (pour rester juridique) : d’une part, des avocats expérimentés nous transforment en bons praticiens et même en concurrents, d’autre part, notre jeunesse amène une certaine faculté d’adaptation aux nouvelles technologies. Pourtant, avec Monsieur le Bâtonnier, rappelons que «  même quand un ordinateur aura intégré et restitué toutes les données en donnant la solution juridique, l’avocat aura encore la liberté de la contredire, de déplaire et de rappeler aux juges qu’ils ont eux aussi encore un espace qui s’appelle la liberté de juger, en collant à la réalité du dossier ».

En conclusion, le discours de Monsieur le Bâtonnier Dembour aura marqué les esprits. Peut-être était-il trop direct, trop honnête, trop franc, pour nos esprits encore ignorants de la portée de notre choix professionnel, mais le cœur du propos ne peut être ignoré par les jeunes stagiaires. Lors de mes premiers jours de travail en tant qu’avocat, je m’étais laissée envahir par la frustration de ne pas être aussi efficace que je l’espérais, après cinq années d’études. Mon père, qui avait assisté à la prestation de serment, aime alors me rappeler les propos particulièrement pertinents de Monsieur le Bâtonnier. Je me remémore ainsi ses mots réconfortants et repars l’esprit un peu plus léger. N’est-ce pas là un des objectifs d’un bon discours ?

Laurane FERON

 

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