AMERICANO-LIDJEU SNIPER

Quand le jeune barreau fait un Laser Game…

  • « Estimé confrère, je pense que mon piouw piouw vous a mis hors-jeu, j’ai gagné ! »
  • « Cher confrère, si je veux bien concéder ce point, sous toute réserve et sans reconnaissance préjudiciable, puis-je vous faire remarquer que cette mise hors-jeu que vous invoquez n’est que temporaire ? »
  • « Je le conçois bien, cher confrère, je le conçois bien,… mais il n’en reste pas moins que mon piouw-piouw vous a battu »
  • « Cher confrère, dites, … »
  • « Oui ? »
  • « Piouw-piouw ! »
  • « Damned ! Vous avez gagné en appel ! »

Voilà à quoi aurait pu ressembler une partie de Laser Game entre avocats (si elle avait été organisée par l’amicale des avocats du country club de Lasne).

La nôtre, celle organisée par le Jeune Barreau de Liège et à laquelle j’ai eu le plaisir de participer cet hiver, avait plus un air de « les bidasses en folie » rencontrent les minions de « moi, moche et méchant ».

Ca rigolait bêtement, ça courait dans tous les sens, ça se mangeait des murs et ça se planquait dans des coins sombres en gloussant (dans des buts purement stratégiques, bien sûr).

Tout avait commencé au Laser Game de Verviers, camp d’entrainement des forces d’Abu-bakr-al-Bockouri, notre Grande Calife à tous. Les ordres de mission étaient clairs : rendez-vous, là-bas, à telle heure, avec onze euros en poche. Je me sentais à la hauteur du défi. Je suis arrivé en retard. J’avais douze euros, donc ça compensait surement.

L’endroit est très sympa, propre, et accueillant. Le bar est grand et achalandé de nombreuses munitions bibitives. Les tables de billard  et les kickers[1] resplendissants donnent à l’endroit un air ludique et relativement sophistiqué malgré les pancartes annonçant le souper du club : Pasticcio + verre de vin à 8 euros. (Rouge, je pense, le vin.)

Une énergétique et sympathique dame, notre sergent-instructeur, nous invite à nous délester de nos vestes, pulls, écharpes et autres moufles en alpaga. Il va faire chaud là dedans, nous dit-elle.

Commence alors l’initiation au maniement des armes. Nous sommes équipés de répliques à taille et poids réels du célèbre P-90 de la FN. Nos fusils mitrailleurs disposent de deux éléments majeurs pour le combat : un canon « piouw-piouw laser » (le bout qui tire) et d’un récepteur de type « wap-wap-wap-waaaap » (le truc qui dit quand t’es mort).

La clé de la survie, la stratégie de base, le but du jeu, c’est de faire piouw-piouw sur les autres jusqu’à ce qu’ils soient wap-wap. Celui qui s’est fait wap-wap, voit son piouw-piouw désactivé pour trois secondes, puis c’est reparti comme en quarante.

Notre sergent-instructeur nous prévient : le champs de bataille est un labyrinthe obscur et angoissant plein de pièges et de frissons. En gros, c’est bas de plafond, il fait tout noir, y a de la musique qui va fort, des lumières qui clignotent, des tunnels, des coins, des murs, plein de murs, vraiment plein de murs, des colonnes, des tuyaux… Vu que je n’ai pas vraiment le volume et  l’aisance d’un enfant de six ans avec lunettes de vision nocturne et casque en mousse, je me suis fait un peu mal.

Après le briefing matériel et terrain, vient la tactique. Madame nous conseille de jouer en deux équipes de six, avec des stratégies, un score commun et le bonheur de l’esprit d’équipe.

En bons avocats liégeois, nous optons donc naturellement pour le « chacun pour soi et le bâtonnier reconnaitra les siens ».

Deux minutes plus tard, c’était parti pour trois quarts d’heure à se courser les uns les autres avec pour seul objectif de faire plein des piouw-piouw et minimiser les wap-wap. Quel carnage, mes aïeux, quel carnage !

On découvre beaucoup de la personnalité de ses confrères, dans un laser Game. Il y a le teigneux, qui ne te lâche pas et qui piouw-piouw à tout va, le sniper sans scrupules qui se cache dans un coin et attend ses victimes, le p’tit malin qui se plaque contre un mur pour que personne puisse toucher à son wap-wap et puis soudainement te retourne un coup de piouw-piouw que t’as rien vu. Il y a les adorables, qui s’excusent après t’avoir tiré dessus. Les pitbulls qui ne te lâchent pas. Les opportunistes et leurs alliances fragiles et éphémères. Il y a aussi les partisans de la non-violence, faites l’amour pas laser. Mais surtout, tous sont là pour bien rigoler et faire les zigotos.

Quand la bataille se termine, que nos fusils-mitrailleurs claironnent qu’il faut rentrer au mess des officiers, on sort du labyrinthe. On essaie. C’est un labyrinthe quand même. De retour à la lumière, nous rendons les armes. Il est temps de s’abreuver et de relater nos faits d’armes, nos histoires de guerre. « Ah, c’était toi le rat qui me flinguait tout le temps ? ».

Notre sergent instructeur est redevenu tenancière de bar. Tout sourire elle nous amène la graille : bières et chips. Ainsi que nos scores, consciencieusement comptabilisés par les fusils laser.

C’est pas brillant. L’équipe d’avant avait huit ans de moyenne d’âge et le double de nos scores. On a même eu des scores négatifs. Du coup on recommande une tournée et on se demande quand est ce qu’on refera une chouette activité comme ça.

Alex DAMMOUS

 

[1]  Les baby foot quoi. Baby foots ? Baby feet ? C’est quoi le pluriel ? En anglais ça s’appelle fussball. Allez comprendre.

 

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